La seconde vie des bunkers suisses

En Suisse, quand on parle d’emmental, il n’est pas forcément question de fromage. Ce pourrait aussi être le petit surnom que les Helvètes donnent aux centaines de kilomètres de galeries souterraines du pays. Cet État, qui clame sa neutralité depuis 200 ans, dispose de près de 300 000 bunkers. Ils pourraient abriter 118% de sa population en cas d’attaque nucléaire.

Jean-Baptiste Grand stoppe sa voiture sur un étroit bas-côté, le long de la haute paroi rocheuse. Un mètre plus loin, une petite porte, camouflée dans la pierre, échappe aux regards des automobilistes pressés. Une fois le seuil franchi, la température chute, aux alentours de 12°C et une forte odeur d’ammoniaque vient picoter les narines. Ici, l’humidité est proche de 100%. Un paradis pour les 10 000 meules de fromage qui maturent durant plusieurs mois dans cette cave peu commune, en Suisse.

« Goûtez, vous allez voir ! », exhorte le directeur commercial de la fromagerie Huguenin, tendant une fine carotte de gruyère. En lieu et place des emmentals, Vacherins fribourgeois et autres fromages à raclette ou à fondue, se trouvaient encore, voilà 10 ans, munitions, matériel d’infirmerie, salle de radiologie… Car cette cave d’affinage a été installée dans le Fort de la Tine, un ancien bunker, construit au moment de la Seconde guerre mondiale.

En Suisse, si tu veux la paix, prépare la guerre et les bunkers

Des abris militaires comme celui-ci, il en existe partout en Suisse. Environ 20 000, dit-on. Étrange pour un petit pays qui clame sa neutralité depuis 1815. « Si tu veux la paix, prépare la guerre ». Rarement cette locution aura semblé plus à propos. La folie des bunkers s’est emparée de la Suisse durant le dernier conflit mondial, alors que le pays était enserré entre Hitler, au nord, et Mussolini, au sud. Cet engouement s’est poursuivi jusqu’à la fin de la guerre froide. Les soldats ont ainsi creusé un joli rideau de fortifications aux frontières. Mais également des centaines de kilomètres de galeries dans les contreforts des Alpes. Le dernier bastion de résistance, au cœur de la montagne, qu’on appelle ici « Réduit national ».

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